
Peintre — L’art comme trace du vivant
Peintre et professeure-chercheuse en enseignement des arts à l’UQAR, Sonia Fournier développe une pratique abstraite où la couleur, la lumière, la trace et le geste construisent l’espace du tableau.
Ses premières séries se sont affirmées dans une relation intense à la couleur, aux contrastes et à la matière. Les rouges, les jaunes, les bleus profonds, les masses colorées et certains signes récurrents y installaient déjà une énergie propre, une tension entre apparition et déplacement. Ces œuvres constituent aujourd’hui une période fondatrice de sa démarche picturale.
Une nouvelle phase s’ouvre maintenant.
La couleur demeure, mais elle se resserre. Elle surgit davantage par touches, accents ou fragments. Les blancs, les blancs crème, les nuances légèrement jaunes et les espaces laissés ouverts prennent une place croissante. Le vide devient actif. La ligne se fait plus présente. Certains petits signes — formes en V, crochets, contours sombres contenant une couleur — réapparaissent d’une œuvre à l’autre comme une ponctuation personnelle.
La pratique s’oriente ainsi vers une peinture où la présence n’est plus nécessairement donnée entièrement. Une forme peut apparaître, se fragmenter, disparaître presque, puis réapparaître ailleurs. Le regard est invité à circuler, à relier et parfois à reconstruire ce qui demeure volontairement incomplet.
Sans revendiquer une appartenance à la peinture nordique, Sonia Fournier se sent aujourd’hui en résonance avec certaines de ses sensibilités : la lumière comme matière, le silence des espaces, la relation au vivant et cette manière d’éprouver le territoire autant que de le représenter. Ce territoire devient pour elle un espace à explorer plutôt qu’une identité à revendiquer.
Sa démarche conserve les filiations qui ont marqué sa première période — notamment l’intensité chromatique, la présence de la matière et la profondeur de l’espace — tout en s’ouvrant vers une écriture plus dépouillée, plus respirante, où la trace, le fragment, l’entre-deux et le mouvement deviennent centraux.
Peindre consiste moins à représenter qu’à rendre perceptible ce qui se met en mouvement : une présence, une tension, une lumière, un passage, une relation.
Les œuvres présentées dans le portfolio permettent de voir cette transformation : d’une première période plus dense et colorée vers une recherche actuelle où la peinture laisse davantage de place au silence, à l’effacement, à la suggestion et à ce qui demeure encore ouvert.
Peindre, c’est laisser apparaître ce qui ne se donne jamais tout à fait.





